Sempre Vivu est le premier long métrage de Robin Renucci. Il a été tourné en langue corse (sous-titrage en français) à Olmi Capella dans le Guissani avec la participation active des villageois, transformés pour l'occasion en acteurs jubilatoires. Il faut dire que Robin Renucci, est fondateur de l'ARIA (Association des Rencontres Internationales Artistiques) et qu'il organise depuis 1998 les Rencontres Internationales de Théâtre en Corse. C'est donc tout naturellement qu'il a dégagé la matrice du scénario d'un atelier d'écriture et qu'il a osé un casting où se mêlent professionnels et gens du village.
Ce qu'en dit Robin Renucci :
"Ce que j'ai voulu, c'est donner la parole à la population corse à travers une fable philosophique et satirique sur la mort programmée d'un village qui ressuscite grâce à la capacité d'un vieil homme à rêver à l'avenir".
"Ce qui m'importait c'était de redonner de l'espoir, et sa place à la langue, à la culture, aux corps et de réconcilier l'irréconciliable : les frères ennemis, la vie et la mort, les jeunes et les vieux, le vrai et le faux, les modernes et les anciens…"
Les critiques :
"Entre poésie, clownerie, fantastique et rêverie, la mise en scène décline une jolie palette d'atmosphères qui font croire à l'impossible" Nice Matin, 30 mai 2007
"Une comédie délicate, foisonnante, au charme d'entrain méditerranéen. Pour générer une euphorie palpable. On rit avec cœur." La Corse Votre Hebdo, 8-14 juin 2007
"On y respire le parfum des comédies à l'italienne d'antan, la nostalgie des rengaines à la tonkinoise, et, lorsque le réel inspire des saynètes baroques, l'effluve de la commedia dell'arte." Le Monde du 13 juin 2007
"Le résultat est assez foutraque, mais honnêtement assumé et plus intéressant donc qu'une escroquerie lisse. Il y a des brebis au milieu de la route, une mamie qui court à tort, à travers et en bigoudis, un chœur de vieilles qui déraille sur Antigone, le tout en langue corse sous-titrée." Libération du 13 juin 2007
"Une drôle de farce, baroque, satirique, macabre et endiablée. Et un acte de foi en la Corse" Les Echos du 21 juin 2007
Ce que j'en ai pensé :
C'est la première fois que j'avais l'occasion de voir un film en langue corse dans un cinéma parisien tout près des Champs Elysées. Il n'y a pas foule au Lincoln en cette fin d'après-midi du 20 juin 2007. Nous sommes 6 dans la salle. Des compatriotes, je suppose.
Faisant fi de Télérama et sa critique assassine, j'ai tenu à aller voir de mes yeux vus, cet ovni cinématographique que représente un film corse tourné en Corse. J'ai bien fait car je me suis régalée. La Corse n'y est pas idéalisée. Elle est comme elle est avec ses travers, ses traditions, ses habitants parfois fantasques, souvent touchants. J'ai retrouvé dans ce film, la véritable ambiance d'un village corse. Et quel plaisir d'entendre cette langue âpre, drôle, ces expressions truculentes, ce savant mélange de langue française et corse comme sur la place de n'importe quel village. Faute de tête d'affiche, ce n'est peut-être pas le film de l'année, néanmoins le travail des acteurs amateurs est remarquable notamment celui de René Jaumeau, premier maître de théâtre de Robin Renucci à 16 ans et d'Angèle Massei, drôlissime mamie corse qui entame une carrière d'actrice prometteuse à l'âge de 84 ans.
Le portrait de la blonde écervelée, vraisemblablement parisienne, ramenée au village par son amant corse et qui ne comprend rien à la Corse et à ses coutumes est saisissant de vérité. Mention spéciale aux costumes et aux décors souvent agrémentés d'animaux vagabonds ainsi qu'à la musique composée par Pierre Gambini et arrangée par le célèbre Bruno Coulais qui décidément choisi bien ses amis.
D'ailleurs, j'ai trouvé délicieuse la rengaine tonkinoise que l'on retrouve souvent dans le film. J'aime tellement les choses désuètes que je me demande parfois si je ne suis pas d'un autre siècle. En attendant, grâce à une technologie bien de maintenant, je l'ai retrouvée sur internet. Il s'agit d'une chanson de Charles Rocchi intitulée le Quartier Maître. Il se trouve, qu'il y a peu de temps un lecteur m'a parlé de Charles Rocchi. Voici donc une façon de lui rendre hommage.
N’entends tu pas chanter sous ta fenêtre
Celui qui t’aime tant ton quartier maître
Je reviens du Tonkin voilà que j’ai fini
Heureux de te revoir oh ma chérie
J’ai rapporté pour toi de belles choses
Des beaux foulards de soie en rouge en rose
Un singe une guenon des éventails
Et tous les souvenirs de Shanghai
Tes yeux noirs qui me donnent la frousse
Tes dents blanches comme la brousse
Et ton air qui fait chavirer les cœurs
Aie pitié de ton navigateur
J’ai quitté ma belle tonkinoise
C’est pour toi ma charmante corsoise
Toi qui as des choses si belles à me dire
Toi qui mange encore du figatelli
Si tu veux dans les rues de l’île rousse
Je te promènerai en pousse-pousse
Je te ferai connaître savamment
Le dieu que les chinoises adorent tant
Allons ne rougis pas et n’aie pas honte
Si tu ne descends pas alors je monte
J’en ai assez de tout ce riz bouilli
Ça vaut pas la pulenta du pays
Embrasse Ton navigateur
Attention, ne pas confondre cette chanson avec une autre, plus ancienne, "La petite tonkinoise" écrite par Villard et Chritiné, mise en musique par Vincent Scotto et interprétée notamment par Joséphine Baker. Je l'ai réécouté à l'occasion de cette recherche et j'aime tout autant :
Historique de la petite tonkinoise (1906) :
http://www.chanson.udenap.org/50_chansons/19_petite_tonkinoise_la.htm
Ecouter la petite tonkinoise :
http://gauterdo.com/ref/pp/petite.tonkinoise.html
En savoir plus sur le film, son site internet : http://www.semprevivu-lefilm.com
En savoir plus sur l'ARIA, son site internet : http://www.aria-corse.com