Symbolique de la « Granitula »
(Propos recueillis)
« Au centre de la couverture du " Libro della Congregazione di San Filippo Neri ", parchemin archivé dans la sacristie de l’église Saint Michel, figure cette forme d’enchevêtrement de deux labyrinthes.
On pourrait reconnaître dans ce motif le signe glyptographique de compagnonnage, et plus précisément du "tâcheron à l'ouvrage" appelé noeud de Salomon à cinq fils et qui a la particularité de n'être tracé qu'à l'aide du compas».
« On retrouve ce motif à l'entrée du couvent de Tuani. Au seuil du couvent, il est le noeud protecteur du mal et rappelle dans la tradition des confréries la procession de la Granitula qui s'enroule en spirale. Mystère de la mort et de la résurrection? »
A Speloncato, « les processions étaient fort nombreuses entre les deux paroisses. Avec un peu d'imagination, nous retrouvons la place du village comme elle est décrite à la création de la collégiale en 1749; elle était la plus grande de Corse et possédait deux églises (les maisons actuelles face à Saint Michel n'étaient pas encore construites). On y effectuait les cerche mais aussi la procession pascale. » Elle « partait de la collégiale San Michele, ... » et « défilait sur la grande place où elle s'enroulait et se déroulait a Granitula avant d'entrer à Santa Catalina où se jouait la Passion. »
p. 18 et 19 Antoine MASSONI "Speluncato" - 1992
Félix QUILICI, célèbre ethnomusicologue, qui a parcouru la Corse en quête de divers enregistrements sonores, rapporte également de ses collectes, des témoignages dont il fait part ; à propos des processions, il raconte :
« Le soir, on fait la granitula, danse en forme de labyrinthe, simple ou, comme à Calvi, double. A Erbalunga, après la granitula, on fait "la croix", comme si on voulait effacer ce symbole païen qu'est le labyrinthe en lui surajoutant un signe chrétien. Cela se faisait aussi autrefois en Balagne, mais on n'y a gardé que le labyrinthe. Arrivés au reposoir, l'homme qui conduit la procession des hommes et la femme qui conduit la procession des femmes chantent chacun le Stabat mater. Ils s'agenouillent et chantent le Stabat à genoux. Comme ils recommencent à chaque reposoir, il est fréquent que la fatigue se manifeste aux dernières stations, et que la qualité du chant s'en ressente quelque peu. »
« Les musiques processionnelles diffèrent notablement des musiques liturgiques exécutées pendant les offices. »
« La granitula, qui est une forme processionnelle en usage le Vendredi Saint dans le nord de la Corse, achève souvent la cérémonie Pasquale. Il s'agit d'une procession en spirale effectuée par les confréries qui, par ce rite particulièrement difficile à exécuter, marquent l'un des temps forts du cycle cérémoniel corse en période de Pâques.
Le terme granitula est le même que celui qui désigne un coquillage marin, le bigorneau, car la procession appelée granitula reproduit dans son tracé la forme exacte de sa spirale. Sous la conduite du "massier", la procession s'enroule sur elle-même jusqu'à former un point compact, puis elle se désenroule jusqu'à former un cercle qui tourne sur lui-même et finalement se défait. »
F.J CASTA, historien au diocèse d'Ajaccio, nous donne quelques explications de la Granitula, dans un ouvrage intitulé " Corse historique " en 1966 :
« La Granitulane s'explique pas, comme on l'a souvent dit par un dérivé de la danse de Thésée, avec une image de labyrinthe. La Granitula est une procession de type symbolique, un passage de la vie à la mort, une sorte de ballet, de danse sacrée.
Pour en expliquer la symbolique, il y a en fait, plusieurs éléments qui interviennent.
Il y a cet enroulement dessinant une spirale, avec un moment d'immobilisation, et il y a le déroulement. Dans la religion dite primitive, tout ce qui est en forme de spirale, en forme de coquillage marin, car Granitula signifie, coquillage de mer, est synonyme de vie par référence au cordon ombilical.
Et puis, lorsque la procession est arrivée, et qu'elle s'immobilise, la spirale qui se déroule, c'est comme l'enfant qui naît ;s'il veut vivre, il doit sortir du ceint de sa mère.
Ainsi, en va-t-il du chrétien après le temps de pénitence, de renfermement sur soi-même, qui est le temps du carême, il faut qu'il sorte, et qu'il fasse exploser sa foi pour la manifester. »
Bibliographie :
« Musique Corse de tradition orale »Mission Félix QUILICI - 1961 / 1963
« Corse historique » - F.J CASTA, historien au diocèse d'Ajaccio - 1966
« Speluncato » (p. 18 et 19) - Antoine MASSONI - 1992